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Actualités - Dernières nouvelles - 2010           Index des actualités
 

 

 

 

 

18/08/2010 - Le NICE anglais, plus regardant sur le coût des médicaments, n’a pas empêché le Royaume Uni de faire beaucoup mieux que la France dans la lutte contre le cancer du sein. Dépenser plus ne veut pas dire soigner mieux !

 

Le British Medical Journal (BMJ) publie cette semaine une étude comparant les performances de 30 pays européens en matière de recul de la mortalité par cancer du sein entre 1980 et 2008. Ce travail a été réalisé à partir de la base de données de l’OMS sur les causes de mortalité.

 

Surprise, le Royaume Uni, pays le moins dépensier, et pour cause, probablement le seul à refuser le remboursement de nouveaux médicaments au rapport coût / bénéfice défavorable, est le plus performant, avec une réduction de la mortalité de 35% en Angleterre et au Pays-de-Galles, de 29% en Irlande du Nord, et de 30% en Ecosse.

 

La France, qui ne regarde pas à la dépense et a mis en place un système en « faveur de l’innovation », avec la fameuse liste des médicaments onéreux prévue à l’article L. 162-22-7 du Code de la Sécurité Sociale, arrive bonne dernière, avec seulement 11% de réduction de la mortalité par cancer du sein en près de 30 ans !  

 

Cliquer sur l’image pour télécharger en « full-text » l’étude du BMJ

 

 

Au total, il apparaît en suivant les courbes du graphique précédent, que les sujets de sa majesté nous ont rejoint, en termes de mortalité par cancer du sein, et que la France n’a pratiquement pas progressé sur cet indicateur depuis… 1980 !

 

Les auteurs du BMJ concluent en précisant que « Dans plusieurs pays, des modifications plus importantes de la mortalité étaient attendues compte tenu des efforts et des ressources consacrés au combat contre le cancer du sein. Par exemple, la baisse de la mortalité a été particulièrement modeste en France, alors qu’elle dispose de l’un des nombres les plus élevés de centres de mammographie par million de femmes, que ses dépenses de médicaments anticancéreux sont les plus fortes, que ce pays se situe à la pointe des utilisateurs de nouveaux traitements coûteux, et qu’il consacre beaucoup de moyens pour renforcer le respect des recommandations ».

 

La mortalité par cancer du sein, dont le contrôle constitue un enjeu considérable de santé publique, n’est évidemment pas modifiée uniquement par les médicaments anticancéreux. Un travail danois, publié également dans le BMJ en début d’année, avait d’ailleurs jeté un pavé dans la mare, en mettant en doute l’efficacité du dépistage organisé du cancer du sein. La baisse sur 16 ans de la mortalité par cancer du sein était similaire ou plus faible dans les régions qui avaient mis en place son dépistage organisé, par rapport à celles qui ne l’avaient pas fait.

 

Pour revenir aux traitements par chimiothérapie dans le cancer du sein, nous avions évoqué récemment le refus du NICE de rembourser TYVERB®, justement dans le cancer du sein métastasé ou localement avancé, pour cause de coût exorbitant (25.000 euros de dépenses supplémentaires) et d’absence de bénéfice tangible (seulement quelques semaines gagnées de survie sans progression tumorale, mais sans réduction de la survie globale).

 

Mais cette observation n’est certainement pas isolée, puisqu’une revue systématique effectuée par la collaboration Cochrane et publiée l’an passé, montrait que dans le cancer du sein métastasé, l’ajout d’un médicament supplémentaire à une chimiothérapie augmentait la réponse tumorale et la toxicité (alopécie, nausées, vomissements, leucopénie), mais n’améliorerait pas la survie globale…

 

Dépenser plus, n’implique pas nécessairement que l’on soit mieux soigné. Rien ne vaut l’évaluation comparative des stratégies thérapeutiques pour juger de leur pertinence.

 

Rappelons aussi, qu’à ce jour, l’institut national du cancer (INCa) a publié des recommandations dans le cancer du sein pour ce qui concerne sa prise en charge chirurgicale, et par radiothérapie, mais rien sur les chimiothérapies.

 

Faisant suite aux déboires de l’AVASTIN®, qui pourrait perdre prochainement aux USA son indication dans le cancer du sein, et la radiation honteuse de la liste des médicaments remboursés en sus du GHS d’un groupe de médicaments anticancéreux efficaces et moins coûteux (dont le paclitaxel, TAXOL® et ses génériques, la vinorelbine, NAVELBINE® et ses génériques, et l’épirubicine, FARMORUBICINE® et ses génériques, trois molécules indiquées dans le cancer du sein), nous avions également proposé de supprimer cette liste et de réintégrer ces médicaments dans le financement à l’activité (T2A)

 

Cette nouvelle étude du BMJ, tombe bien mal à propos pour David CAMERON et son nouveau gouvernement de coalition, qui viennent de déposséder le NICE, équivalent anglais à notre Haute Autorité de Santé, pour le plus grand bonheur des industriels britanniques du médicament, de son pouvoir décisionnel, notamment de véto, pour le remboursement des innovations thérapeutiques.

 

Ce gouvernement avait-il une dette envers un bienfaiteur qui a pu aider au financement d’une victoire électorale obtenue à l’arrachée ? En tous les cas, c’est un joli cadeau à l’industrie, que ce démantèlement des missions du NICE ! Elle s’en frotte déjà les mains, il suffit de lire quelques coupures de presse spécialisée et complaisante : « Le message-clé du secrétaire d’état à la santé, Andrew LANSLEY est clair, le NICE n’aura plus le pouvoir de dire oui ou non aux nouveaux médicaments, de recommander à la sécurité sociale (NHS) ou pas leur utilisation. Il n’aura plus le dernier mot ».

 

La réforme en cours outre-manche, prévoit en effet de confier la fixation d’un prix des médicaments basé sur la valeur clinique pour le patient (« value-based pricing system ») à une commission du NHS qui sera prochainement créée (Cette réforme sera pleinement opérationnelle d’ici à 2014). Cette commission du NHS négociera l’entrée des nouveaux médicaments sur le marché et leurs prix, directement avec les industriels. D’après des rumeurs dans l’entourage du ministre, les industriels du médicament resteraient totalement libres de fixer leurs prix comme ils l’entendent, et auraient à faire face à des révisions de prix quelques temps plus tard sur la base d’une analyse d’efficacité à postériori… Le syndicat des laboratoires anglais (ABPI) aurait reçu l’assurance du ministère qu’il ne s’agirait pas de « prix de référence » comme en Allemagne ; Entre-temps, le gouvernement anglais a déjà affecté une enveloppe de 50 millions de livres sterling (60 M€) pour permettre un libre accès des patients aux nouveaux médicaments anticancéreux, un moyen de court-circuiter le véto du NICE dès le mois d’octobre 2010…

 

Décidemment, « Big Pharma » tient bien la corde (et les cordons de la bourse) partout, même au pays du NICE.

 

Dommage, le NICE anglais, était l’une des seules organisations au monde à prendre sérieusement en considération le rapport coût / bénéfice des nouveaux médicaments !

 

François PESTY

 

 

L’étude du BMJ “Disparities in breast cancer mortality trends between 30 European countries : retrospective trend analysis of WHO mortality database” : http://www.bmj.com/cgi/reprint/341/aug11_1/c3620

 

“A revolution for the NHS - an opportunity for pharma?” (« Une révolution pour la sécu, une opportunité pour l’industrie pharmaceutique ? ») – InPharm – 09/08/2010 : http://www.inpharm.com/news/revolution-nhs-opportunity-pharma

 

“NICE: the end of an era” (« Le NICE, Institut national de la santé et de l’excellence Clinique : la fin d’une ère »)– InPharm – 09/08/2010 : http://www.inpharm.com/news/nice-end-era

 

 


 

 

 

23/07/2010 - Ne vaudrait-il pas mieux tout bonnement supprimer la liste des médicaments onéreux, au moins en ce qui concerne les anticancéreux, et réintégrer ces médicaments dans le financement par l’activité (T2A) ?

 

Quelle drôle d’idée en vérité ? Ce dispositif n’a-t-il pas été créé pour favoriser l’accès des patients à l’innovation thérapeutique? Alors pourquoi une proposition à priori aussi incongrue ?

 

Deux motifs, inspirés par l’actualité récente, me pousse à poser la question :

 

- Le vote cette semaine des experts de l’agence américaine du médicament, qui devrait être suivi logiquement d’une décision de la FDA de révoquer l’indication accordée initialement à AVASTIN® dans le cancer du sein,

 

- La décision française, passée presque totalement inaperçue au début du mois de mars, et prise dans une totale opacité, de radier 5 grandes molécules anticancéreuses de la liste des médicaments onéreux remboursés en dehors de la tarification à l’activité (T2A)  

 

1. L’exposé des motifs

 

1.1. Les désillusions ou promesses non tenues d’AVASTIN® dans le cancer du sein.

 

Coup de tonnerre dans le microcosme de l’oncologie médicale : 12 experts sur les 13 de l’agence américaine du médicament (FDA) ont voté ce mardi 20 juillet la suppression de l’indication de l’AVASTIN® dans le cancer du sein. Cette nouvelle a notamment été rapportée dans le fameux New York Times. Le bévacizumab, fabriqué par Genentech et commercialisé sous le nom d’AVASTIN® par les laboratoires Roche, a totalisé un chiffre d’affaire planétaire proche des 6 milliards de dollars en 2009. Le groupe d’expert avait préalablement voté à l’unanimité (13 vs 0) une résolution selon laquelle une étude post-AMM de ce médicament associé au docétaxel (TAXOTÈRE®) ne démontrait pas un rapport bénéfice risque favorable. 12 experts ont répondu de la même façon en considérant l’association d’AVASTIN® à d’autres molécules ; Il semble donc que l’AMM ait été accordée un peu rapidement et que deux études de suivi post-AMM aient produit des résultats très en-deçà de l’étude initiale (en particulier sur la survie), avec des effets indésirables importants en terme de tension artérielle et de fatigue… La FDA prendra sa décision définitive le 17 septembre.   

 

Ayant dépassé 1,5 milliards d’euros de dépenses en 2008, la chimiothérapie représente plus du quart des dépenses en médicaments dans nos hôpitaux (Source : INCa) ;

 

Parmi ces médicaments de chimiothérapie, ceux inscrits à la liste des médicaments onéreux ont représenté près du milliard d’euros de dépenses avec une croissance de +15% en 2008… Selon l’INCa, AVASTIN® figure en deuxième place du palmarès des molécules onéreuses :

 

Cliquer ci-après pour télécharger le rapport de l’INCa "Situation de la chimiothérapie des cancers en 2009 – nov 2009"

 

 

 

L’AFSSAPS, toujours pour l’année 2008, classe pour sa part AVASTIN® à la première place d’après le chiffre d’affaire calculé sur la base des prix réellement facturés :

 

Cliquer sur l’image pour télécharger le rapport de l’AFSSAPS (Analyse des ventes de médicaments 1998-2008 – mai 2010)

 

AVASTIN® perdra-t-il son indication dans le cancer du sein après le vote quasi unanime des experts de la FDA, agence américaine du médicament ? A suivre…

 

1.2. La décision opaque prise par l’Etat français à compter du 1er mars 2010 de radier 5 molécules anticancéreuses, soient 178 spécialités pharmaceutiques, de la liste des médicaments onéreux prévue à l’article L. 162-22-7 du code de la sécurité sociale et remboursés par l’assurance maladie en sus des prestations d’hospitalisation

 

Eric WOERTH n’avait sans doute pas besoin de cela, mais c’est son (ancien) ministère qui a cosigné avec celui de Madame la Ministre de la Santé l’arrêté du 15 février 2010, quelques jours seulement avant le remaniement ministériel ; Ce texte abscons ne permet absolument pas de comprendre ce qui a motivé la décision de radiation.

 

Exit donc, allez savoir pourquoi, le paclitaxel (TAXOL® de Bristol-Myers Squibb et ses génériques), la vinorelbine (NAVELBINE® de Pierre Fabre Médicaments, et ses génériques), l’oxaliplatine (ELOXATINE® de Sanofi-Synthélabo et ses génériques), la fludarabine (FLUDARA® de Schering SA et ses génériques), et l’épirubicine (FARMORUBICINE® de Pfizer, et ses génériques).

 

Ces molécules largement éprouvées et constituant la base des traitements par chimiothérapies (Cf. tableau ci-après) dans les 3 principaux cancers (bronchique, sein et digestif), ont-elles été mises au rebut, à la casse ? Et pourquoi ? Nous aimerions savoir…

 

Tableau 1 - Indications des molécules radiées au 01/03/2010 (AMM et PTT) :

 

Molécules

CBNPC

CBPC

Sein

Colorectal

Autres K digestifs

Paclitaxel (TAXOL® + Gé)

Oui

Non

Oui

Non

Non

Vinorelbine (NAVELBINE® + Gé)

Oui

Non

Oui

Non

Non

Oxaliplatine (ELOXATINE® + Gé)

Non

Non

Non

Oui

Oui

Fludarabine (FLUDARA® + Gé))

Non

Non

Non

Non

Non

Epirubicine (FARMORUBICINE® + Gé)

Non

Oui

Oui

Non

Oui

Sources : RBU oncologie thoracique, INCa 07/2007 ; RBU cancers digestifs, INCa 04/2007

NB : La fludarabine est indiquée dans la leucémie lymphoïde chronique

 

Notons que l’arrêté mentionne la prise en compte de 2 recommandations du Conseil de l’hospitalisation. Cet organe de l’Etat, créé lors de la réforme 2004 par arrêté du 8 octobre 2004, abrogé ultérieurement par un arrêté fixant sa composition et ses modalités de fonctionnement, et par un décret définissant ses missions, tous deux en date du 7 mai 2007, est présidé par le Directeur de la DHOS (devenue DGOS) à défaut par son vice-président, le Directeur de la sécurité sociale (DSS) ou en son absence par un représentant de la DGOS ; Outre le président et le vice-président, les personnalités suivantes siègent au conseil de l’hospitalisation : le Directeur général de la santé (DGS), le Directeur général de la CNAMTS, un représentant désigné par l’UNCAM (union nationale des caisses d’assurance maladie) et une personne qualifiée désignée par la Ministre de la santé et de la sécurité sociale ; Bizarrement, les recommandations du conseil de l’hospitalisation sont introuvables sur la toile !   

 

Pas étonnant dans ces conditions, que ce fut par le communiqué laconique reproduit ci-dessous, sans aucune sorte d’explication ou de justification, que l’Institut National du Cancer (INCa) nous a informé en mars 2010 de la suppression de ces 5 molécules de ses « référentiels de bon usage » (RBU, cf. infra) : 

 

Cliquer ci-après pour ouvrir la page web des « référentiels de bon usage » sur le site de l’INCa

 

A noter que les PTT en vigueur lors des versions antérieures des RBU pour les molécules radiées, ont bien évidement disparus du site de l’INCa. Exemple, en oncologie thoracique, exit les 2 PTT du paclitaxel…

 

Au gré des décisions, tantôt favorisant les industriels (inscription sur la liste), tantôt les lésant (radiation), le manque de transparence est même décrié par certains d'entre-eux (Voir la présentation faite par le Directeur des relations institutionnelles de Pfizer, à l'occasion des dernières Journées Nationales d'Infectiologie)

 

2. Ma réflexion sur le bien-fondé de la liste des médicaments onéreux et sur leur mode de financement

 

2.1. La liste des médicaments onéreux introduit un biais financier qui fausse le choix thérapeutique des médecins en charge des patients cancéreux :

 

- Lorsque le médicament figure sur la « liste des spécialités pharmaceutiques prises en charge en sus des prestations d’hospitalisation mentionnée à l’article L. 162-22-7 du code de la sécurité sociale », il est pour ainsi dire « gratuit », sa prescription ne pèsant pas sur les finances de l’hôpital car l’assurance maladie le rembourse intégralement ; En revanche, son coût est supporté par la collectivité. Rappellons néanmoins que ces médicaments, s’ils sont bien remboursés en sus du GHS, ne le sont pas en sus de nos cotisations sociales…

 

- Par contre, si un médicament ne figure pas ou plus sur la liste onéreuse, le coût du traitement doit être financé par les recettes liées à l’activité (Il existe un tarif défini pour chaque groupe homogène de séjour, sur la base duquel l’assurance maladie rembourse l’hôpital) ;

 

Ainsi, la radiation d’une spécialité de la liste des médicaments onéreux équivaut à un quasi « déremboursement », ce qui incite le prescripteur à reporter son choix sur des médicaments encore listés.  

 

2.2. L’appellation « Référentiel de bon usage » (RBU) des productions de l’INCa est trompeuse, en ce sens qu’elle laisserait à penser que les médicaments prescrits en dehors de la liste sont actuellement obsolètes.

 

Ce n’est évidemment pas le cas, et ces guides publiés par l’Institut ne sont en définitive que des listes de monographies des molécules onéreuses et qui se bornent à énumérer les indications AMM et hors AMM (protocoles thérapeutiques temporaires) et les non indications (situations non acceptables). En aucune manière une hiérarchisation des stratégies thérapeutiques n’est proposée dans les RBU.

 

Un exemple, il n’existe à ce jour aucune étude comparative démontrant la supériorité dans le cancer bronchique non à petites cellules des molécules onéreuses petremexed (ALIMTA®), gemcitabine (GEMZAR® + Gé), docétaxel (TAXOTÈRE®) sur le paclitaxel qui coûte pourtant 9 fois moins cher !

 

Nous avions déjà abordé le bien trop souvent maigre apport thérapeutique des molécules onéreuses dans le cancer à l’occasion de l’article précédent rédigé suite au refus du NICE anglais de recommander le remboursement du lapatinib (TYVERB®) dans le cancer du sein avancé ;

 

2.3. L’absence, à quelques rares exceptions près, de véritables recommandations de bonne pratique pour les chimiothérapies, accentue singulièrement le phénomène

 

Une visite sur le site de l’INCa, vous permettra de constater qu’à l’exception du traitement adjuvant et de consolidation dans le Cancer de l’ovaire et de la prise en charge des rares « carcinomes épidermoïdes cutanés », les recommandations relatives aux chimiothérapies sont encore en juillet 2010 « à paraître » : Cancer du poumon non à petite cellules ;

 

Dans les autres localisations de cancers, seules ont été publiées des recommandations portant sur les techniques chirurgicales et/ou la radiothérapie, rien sur le médicament, et l’INCa ne parle même pas de recommandations à venir : Cancer du seinCancers digestifs (notamment colorectal) ; Cancers hématologiques ; Cancers uronéphrologiques (dont les cancers de la prostate et du rein) ; Cancers de la tête et du cou

 

Privé de « guidelines » ou recommandations de bonne pratique, le clinicien oncologue ou radiothérapeute se réfugie donc dans les mal nommés « référentiels de bon usage » et en oublient de prescrire les vieilles molécules aujourd’hui génériquées, dont le seul défaut est souvent d’être peu coûteuses…

 

Les oncologues et radiothérapeutes français doivent-ils consulter les recommandations américaines de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) ? Est-on incapable en France d’élaborer des recommandations portant sur les chimiothérapies dans le cancer ?

 

2.4. La non intégration dans les logiciels de prescription et dans les bases de données médicamenteuses, des données officielles de l’évaluation post-AMM et tout particulièrement de l’évaluation comparative (avis de la transparence de la HAS) des médicaments est un facteur aggravant.

 

Elle ne permet pas au médecin prescripteur de développer son esprit critique à l’égard des informations qu’il reçoit principalement de l’industrie du médicament, et le renvoie à la seule lecture des RBU de l’INCa, largement relayée par les messages marketing des firmes pharmaceutiques (les médicaments anticancéreux absents de la liste sont pour la plupart génériqués et ne sont plus présentés en visite médicale ou ne font plus l’objet de campagne publicitaire…). Pourtant la lecture des avis de la commission de la transparence permettrait aux prescripteurs de se rendre compte de la rareté des études cliniques comparatives et du peu d’amélioration du service médical rendu le plus souvent par les soient-disantes « innovations thérapeutiques »

 

3. Conclusion

 

Nous le voyons bien, la question du bien-fondé de la liste en sus du GHS mérite vraiment d’être posée.

 

Ces médicaments sont remboursés aux hôpitaux « rubis sur l’ongle » par l’assurance maladie, à la seule condition qu’ils soient prescrits dans les indications définies pour leur remboursement (AMM, PTT, SNA), et ce quelque soient les alternatives thérapeutiques existantes, y compris celles beaucoup moins coûteuses, tout aussi performantes, mais qui n’ont pas la chance de figurer sur la liste...

 

Cessons l’hypocrisie, l’existence même de cette liste, biaise le choix thérapeutique à l’hôpital, favorise paradoxalement l’inefficience de la prescription, et son seul intérêt semble être de maximiser les profits de quelques firmes pharmaceutiques…

 

Rappelons ici ce qu’écrivait le Pr Jean-Pierre GRÜNFELD dans son rapport au président de la république « Recommandations pour le Plan Cancer 2009-2013 » rendu en mars 2009 : « Actualiser annuellement la liste des molécules innovantes et coûteuses, dont 60% relèvent de la cancérologie, à la fois en termes d’entrée et de sortie des médicaments. Cette actualisation ne devra pas s’appuyer seulement sur des critères financiers. Les critères de révision et d’inscription de nouvelles molécules devront être transparents. Les trois institutions impliquées dans l’élaboration des RBU doivent être associées à cette actualisation ». Force est de constater qu’il n’a pas été entendu. Le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique rendu en 2009, était également particulièrement critique en la matière (Absence d’indicateur de suivi et de résultats du Plan Cancer ; Retard dans l’élaboration, la diffusion et l’utilisation de recommandations de pratique clinique à destination des professionnels de santé et aux patients ; Mise en place d’un suivi public des études post-AMM non réalisée…) ; Souvenons-nous aussi, que le « Bilan du Plan Cancer » établi par la Cour des Comptes en juin 2008, n’était pas tendre non plus, qualifiant d’artisanal le suivi des dépenses de médicaments remboursés en sus du GHS, et soulignant le domaine mal couvert (par l’INCa) des analyses économiques d’aide à la décision en matière d’innovation thérapeutique…

 

 

François PESTY

 

Pour en savoir plus :

 

L’annonce sur le site de la FDA de la réunion du groupe d’expert programmée le 20 juillet 2010 : http://www.fda.gov/AdvisoryCommittees/Calendar/ucm213724.htm

 

L’article d’Andrew POLLACK “Panel Urges F.D.A. to Revoke Approval of Drug for Breast Cancer  Treatment” dans The New York Times : http://prescriptions.blogs.nytimes.com/2010/07/20/panel-urges-f-d-a-to-revoke-approval-of-drug-for-breast-cancer-treatment/  

 

Arrêté du 7 mai 2007 pris en application de l’article L. 162-21-2 du code de la sécurité sociale et fixant la composition et les modalités de fonctionnement du conseil de l’hospitalisation : http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20070508&numTexte=61&pageDebut=08203&pageFin=08204

 

Décret no 2007-735 du 7 mai 2007 relatif aux missions du conseil de l’hospitalisation mentionné à l’article L. 162-21-2 du code de la sécurité sociale (deuxième partie : Décrets en Conseil d’Etat) : http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20070508&numTexte=53&pageDebut=08198&pageFin=08199

 

Arrêté du 15 février 2010 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques prises en charge en sus des prestations d’hospitalisation mentionnée à l’article L. 162-22-7 du code de la sécurité sociale : http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20100219&numTexte=37&pageDebut=03032&pageFin=03040

 

Avis d’un industriel sur l’impact de l’inscription des médicaments sur la liste T2A, présentation faite par Jean-Michel HOTTON, Directeur des relations institutionnelles, Laboratoires Pfizer, aux Journées Nationales d’Infectiologie, Lyon, juin 2009 : http://www.infectiologie.com/site/medias/JNI/JNI09/COM/HOTTON-t2a-JNI099.pdf (Le médicament antifongique de Pfizer, VFEND®, voriconazole, a été radié de la liste en septembre 2007. Ne cherchons pas ailleurs son remplacement dans les prescriptions hospitalières par le CANCIDAS®, caspofungine, malgré l’absence d’étude comparative au voriconazole dans l’aspergillose invasive…)

 

Le rapport GRÜNFELD (Lire particulièrement les pages 36 et 37) : http://www.sante-sports.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Grunfeld_-_recommandations_pour_la_plan_cancer_2009_2013_-mars_2009.pdf

 

Le rapport final « Evaluation du plan cancer » du Haut Conseil de Santé Publique, janvier 2009 (495 pages) : http://www.sante-sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_cancer_230209.pdf

 

La « Synthèse » du rapport du HCSP (23 pages) : http://www.sante-sports.gouv.fr/IMG/pdf/synthese_cancer_230209.pdf  

 

Le « Bilan du plan cancer », Cour des Comptes, juin 2008 : http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPT/2008-RPT_Cancer_JO.pdf

 

« Situation de la chimiothérapie des cancers en 2009 », INCa (Institut National du Cancer), Novembre 2009 : http://www.e-cancer.fr/component/docman/doc_download/3998-situation-de-la-chimiotherapie-des-cancers-en-2009 

 

 

 


 

10/06/2010 – Les progrès apportés par les nouveaux médicaments dans le traitement du cancer sont en réalité bien modestes, comparés à l’augmentation exponentielle de leur coût. Nous devrions plutôt prendre exemple sur nos voisins britanniques, bien plus exigeants que nous sur le rapport coût/efficacité des innovations thérapeutiques !

 

Notre pays, cédant aux lobbys pharmaceutiques, s'acharne à ne toujours pas vouloir prendre en compte le coût des traitements, souvent exorbitant, dans ses décisions de remboursement, notamment pour les médicaments anticancéreux.

 

Un exemple marquant, nous permet d’illustrer ce constat. Le NICE, acronyme pour National Institute for Health and Clinical Excellence, l’équivalent outre-manche de notre Haute Autorité de Santé, publie aujourd’hui son rapport définitif d’évaluation du lapatinib, un anticancéreux commercialisé par GSK sous le nom de TYVERB®. L’institution persiste et signe, confirmant sa décision lors de l’évaluation initiale :

 

« Le lapatinib, associé à la capécitabine (XELODA® des laboratoires Roche), n’est pas recommandée, à l’exception des essais thérapeutiques, chez la femme sur-exprimant des récepteurs HER2, dans le traitement du cancer du sein avancé, préalablement traité par une association anthracycline, taxane et trastuzumab et/ou métastasé ! »   

 

 

Il est utile pour la bonne compréhension de retracer l’historique de cette décision. Sur la base d’une étude dite de phase III, comparant à la capécitabine seule, son association au lapatinib, dont les résultats ont été publiés en décembre 2006 dans le New England Journal of Medicine, l’Agence Européenne du médicament (EMEA) octroie en juin 2008 une autorisation européenne de mise sur le marché pour TYVERB®, en association à la capécitabine, dans l’indication précitée.

 

Quels sont les résultats de cette étude ?

 

- Le critère principal de jugement, à savoir le temps médian sans progression tumorale, évalué par les investigateurs à l’arrêt de l’étude était respectivement de 23,9 et 18,3 semaines. Soit un gain, certes significatif (p<0,008), mais de seulement 5 semaines en associant l’inhibiteur de la tyrosine kinase.

- Les critères secondaires (mais le sont-ils vraiment en réalité ?) donnent les résultats suivants : Il n’est pas observé de différence sur la survie globale, même si le temps médian de survie sans progression est amélioré de dix semaines, et si le taux de réponse globale passe de 14%, sans, à 24%, avec le lapatinib.

 

Ces résultats ont été analysés par les experts des deux cotés de la Manche.

 

> En France, la commission de la transparence, qui ne prend pas en compte dans ses décisions le coût du traitement (1.282,03 € la boite de 70 comprimés, soient 91,57 € de coût de traitement journalier), a considéré dans son avis rendu le 16 juillet 2008, que TYVERB® apportait une amélioration du service médical modérée (ASMR de niveau III*) et a prononcé un avis favorable pour son remboursement ;

 

> Au Royaume Uni, dès la première évaluation, mise en consultation le 3 juillet 2008, le NICE ne  recommandait pas le remboursement sur la base de l’analyse coût/bénéfice, estimant à plus de 25.000 euros le coût supplémentaire du traitement pour un bénéfice clinique incertain et bien modeste. Idem, le 8 octobre 2008, « rebelote » le 4 mars 2009. Le NICE, lui, intègre dans son analyse les coûts de traitement annuel qu’il a estimé à 5.500 euros pour la capécitabine, et à 25.500 euros pour le lapatinib. Soient 31.000 euros pour le traitement associant les deux molécules, ce qui multiplie par presque 6 le coût du traitement par rapport à la capécitabine seule. GlaxoSmithKline fit appel de cette décision. En dépit d’une proposition du fabriquant d’offrir gracieusement les 3 premières semaines de traitement, et au terme d’une longue procédure, le NICE maintient sa décision dans un rapport, cette fois définitif, publié le 10 juin 2010. Il existe néanmoins encore une possibilité d’appel dans un délai de 15 jours… (Le lecteur intéressé pourra suivre l’ensemble de la procédure d’évaluation en suivant le lien : http://guidance.nice.org.uk/TA/Wave13/1)

 

Franchement, quel est l’intérêt de retarder de 5 semaines la progression d’une tumeur, si cela ne se traduit pas par un allongement de la survie globale ?

 

Qui plus est, pour un coût supplémentaire de 25.000 euros, supporté par une collectivité solidaire et surtout aveugle …  

 

 

 

 

Le type de question que les sujets de sa majesté doivent se poser, et pas nous : Dans une société qui compte 4,5 millions de chômeurs, et environ 4.000 femmes atteintes d’un cancer du sein métastasé sur-exprimant les récepteurs HER2, en échec de traitement anthracycline, taxane, et trastuzumab (d’après la HAS), quel est le meilleur emploi de 25.000 euros de ressources budgétaires : Aider pendant un an un chômeur, ou se livrer vainement à un acharnement thérapeutique caractérisé par une escalade médicamenteuse extrêmement coûteuse, pour finalement (et très hypothétiquement, puisque ce n’est même pas significatif dans le cas du TYVERB®) ne repousser que de quelques semaines une issue malheureusement fatale ?

 

Au passage, vous aurez pris votre calculette, 4.000 x 25.000 euros, cela représente un budget de 100 millions d’euros. Ce n’est pas rien… Avec une telle somme, ne croyez-vous pas qu’il soit possible de faire des choses plus utiles pour notre société ? 

 

Mais chez nous, on préfère « favoriser l’innovation ». Ainsi, Madame Bachelot a fixé le taux de croissance des médicaments coûteux, remboursés hors tarification à l’activité (mais pas en sus de nos cotisations…), au premier rang desquels les anticancéreux, à 8% pour 2010 (Arrêté du 8 mars 2010)…

     

 

Hélas, ce constat n’est pas limité au TYVERB®. En effet, entre le 4 et le 8 juin, se déroulait la grand-messe annuelle de la cancérologie, le congrès de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology), dont les médias se sont fait l’écho. Martine PEREZ, dans le Figaro a été l’une des seules journalistes à choisir un titre non pas tapageur mais mesuré, et qui résume à lui seul la situation : « La lutte contre le cancer avance à tous petits pas ». Si l’on examine les 3 publications publiées à grand bruit « on line » dans le New England Journal of Medicine en même temps que les résultats des essais étaient présentés aux 25.000 congressistes réunis à Chicago, il n’est pas possible de parler de progrès thérapeutiques révolutionnaires, tant ses avancées pouront paraître modestes aux malades eux-mêmes, puisqu’elles ne permettent hélas en aucun cas d'envisager une guérison, ni même une réelle rémission :

 

- L’ipilimumab, un nouvel anticorps, testé dans une étude phase III chez 676 patients présentant un mélanome malin non résécable et métastasé, un cancer de la peau au pronostic particulièrement sombre, fait passer de 6,4 à 10,0 mois la survie globale moyenne ;

- Dans la leucémie myéloïde chronique, le dasatinib (SPRYCEL®, BRISTOL-MYERS SQUIBB), et le nilotinib (TASIGNA®, NOVARTIS®), deux nouveaux prétendants sont venus se mesurer au GLIVEC® (imatinib, NOVARTIS), l’une des rares molécules à avoir décroché ces dernières années une ASMR I (progrès thérapeutique majeur) et à avoir été inscrite au tableau d’honneur du palmarès 2007 de la Revue PRESCRIRE. Pas de quoi fouetter un chat non plus, car les deux travaux se sont bornés à mesurer une augmentation certes tangible du taux de réponse cytogénétique globale, mais sans traduction clinique disponible dans l’immédiat.

 

Pour les tumeurs solides les plus fréquentes, une revue récente** de la littérature a examiné l’apport des nouvelles biothérapies, toutes beaucoup plus coûteuses que les traitements conventionnels. Elle  conclue sur une amélioration très marginale, dans la majorité des cas, de leur efficacité, sans véritable bénéfice clinique pour les patients. En effet, lors des essais pivots de phase III ayant permis l’obtention de leurs autorisations de mise sur le marché dans les indications de cancers localement avancés ou métastatiques du colon, du sein, du pancréas, du poumon (non à petite cellule), du rein ou du foie, la dizaine de nouvelles molécules passées au crible, AVASTIN® (bevacizumab), ERBITUX® (cetuximab), HERCEPTIN® (trastuzumab), NEXAVAR® (sorafénib), SUTENT® (sunitinib), TARCEVA® (erlotinib), TORISEL® (temsirolimus), TYVERB® (lapatinib), et VECTIBIX® (panitumumab), ne permet d’obtenir en moyenne que seulement 2,7 mois et 2 mois respectivement de survie supplémentaire sans progression tumorale et de survie globale, dans des pathologie où hélas l’espérance de survie est comprise entre moins d’une année et deux ou trois ans...  Les auteurs appellent à un relèvement significatif des objectifs assignés aux études cliniques en cancérologie, afin de sélectionner des nouveaux traitements qui apportent réellement du sens au mot « innovation »…

 

Cliquer sur l'image pour télécharger la revue récente sur l'apport des nouvelles biothérapies dans le cancer

 

 

Ne serait-il pas utile que la HAS, qui a été missionnée par la Loi de financement de la sécurité sociale 2008 pour émettre des avis et recommandations médico-économiques, le fasse aussi pour les médicaments anticancéreux. Les anglais accroissent l’avance considérable qu’ils ont sur nous…

 

François PESTY

 

(*) Les ASMR attribuées par la commission de la transparence, sont graduelles. I : « progrès thérapeutique majeur », II : « amélioration importante », III : « amélioration modeste » (ou « modérée »), IV : « amélioration mineure », V : « Absence d’amélioration ». 

 

(**) Incremental advance or seismic shift? The need to raise the bar of efficacy for drug approval. Alberto SOBRERO, Paolo BRUZI. Journal of Clinical Oncology, 2009, 27:5868-73.

 

 

 

10/06/2010 – NICE, Rapport définitif d’évaluation de la place du lapatinib (TYVERB®) dans le traitement du cancer du sein avancé préalablement traité ou métastatique : http://www.nice.org.uk/nicemedia/live/11731/49197/49197.pdf

 

16/07/2008 – HAS – Avis de la commission de la transparence sur TYVERB® : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2008-08/ct-5358_tyverb.pdf

 

10/06/2008 – EMEA – AMM européenne (EPAR) de TYVERB® : http://www.ema.europa.eu/humandocs/PDFs/EPAR/tyverb/emea-combined-h795fr.pdf

 

28/12/2006 – NEJM – CH. E. GEYER et al. Lapatinib plus Capecitabine for HER2-Positive Advanced Breast Cancer : http://content.nejm.org/cgi/reprint/355/26/2733.pdf

 

10/06/2010 – InPharm - NICE says no to GSK breast cancer drug : http://www.inpharm.com/news/nice-says-no-gsk-breast-cancer-drug

 

11/06/2010 - Médicaments : les manœuvres commerciales des laboratoires – Page d’actualités de la Mutualité Française : http://www.mutualite.fr/L-actualite/Kiosque/Revues-de-presse/Medicaments-les-manaeuvres-commerciales-des-laboratoires (Il est également question de la décision concernant le TYVERB® en Angleterre)

 

 


 

09/04/2010 – La part de marché du générique stagne en France. Un résultat consternant, qui prouve l’inefficacité dans notre pays des politiques de maîtrise médicalisée portant sur le médicament, notamment en ce qui concerne le dispositif toujours inopérant de la visite des DAM.  

 

La lecture cette semaine de la presse économique (Le journal Les Echos, par exemple) et médicale (Impact-Santé Pharmacie), est l’occasion de mesurer le très relatif succès de la politique du générique dans notre pays ;

 

En effet,  dix ans après l’octroi du droit de substitution accordé aux pharmaciens d’officine, et malgré la tombée dans le domaine public de très nombreux brevets de médicaments, les limites du « générique » semblent avoir été atteintes en France :

 

- Stagnation de sa part de marché à seulement 12% en valeur et 23% en volume du médicament remboursable ;

 

- Un retard considérable avec nos voisins européens, qui ne s’est pas résorbé. La moyenne des 27 pays de l’Europe se situant pour ces indicateurs à respectivement 18% et 50% ;

 

Un manque à gagner que l’on peut estimer au milliard d’euros par an, si nous nous contentions simplement de rattraper ce retard.

 

Un enjeu éminemment plus important financièrement parlant, que la nouvelle vague de déremboursements dont l’annonce est imminente, et qui ne constituera qu’un cataplasme sur la jambe de bois de notre système solidaire de santé moribond (Les dépenses auraient encore dérapé un peu plus en 2009, a-t-on également appris ce mois-ci) ;

 

Ce « surplace » des copies de médicaments, et plus largement des médicaments du répertoire des génériques (= génériques + princeps*), confirme hélas les conclusions des analyses réalisée ici même (et téléchargeables sur cette page web), à partir des données de remboursements des médicaments par le régime général (MEDIC’AM 2001-2008) pour les principaux domaines thérapeutiques (Statines et hypolipémiants ; Antibiotiques utilisés dans les infections respiratoires hautes et basses ; Inhibiteurs de la pompe à protons ; Antiagrégants plaquettaires ; Antihypertenseurs IEC et sartans ; Antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques et hypnotiques ; Antidiabétiques oraux ; Médicaments indiqués dans l’ostéoporose post-ménopausique) :

 

« Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament ». Au fur et à mesure de la tombée des brevets, la prescription se déplace à l’extérieur du répertoire des génériques, sous la pression des laboratoires ; Un phénomène de grande ampleur que les fabricants de génériques qualifient d’érosion du répertoire, et qu’ils ont pu mesurer :

 

Phénomène d’érosion du répertoire, d’après l’association « GEMME » des fabriquants de génériques 

 

 

Alors que dans les principales classes pharmacologiques, ce sont le plus souvent ces bonnes « vieilles molécules » du répertoire des génériques qui possèdent les meilleurs niveaux de preuves et sont si bon marché en comparaison, qu’elles devraient occuper le devant de la scène, ce chiffre de 12% des dépenses du médicament remboursable paraît tellement dérisoire…

 

Le Centre d’analyse stratégique (CAS), successeur du Commissariat général au plan, dans une note datée du 07/04/2010, et consacrée aux dépenses consenties à la santé, déplore également le poids important des dépenses de médicament chez nous, relativement aux autres pays européens, et qui  provient selon lui, « des volumes de consommation conséquents, du poids des produits récents et coûteux, ainsi que du développement encore insuffisant du marché des génériques » ;

 

Ces piètres résultats, probablement voulus et organisés, trouvent principalement leur origine dans le défaut d’accompagnement des médecins par les pouvoirs publics, en terme d’information sur ces médicaments plus anciens, mais toujours aussi efficaces, et dans l’abandon des professionnels de santé livrés à la seule promotion industrielle, par tous les « canaux » de communication qu’elle contrôle (visite médicale, formation médicale continue, presse financée par la publicité sur le médicament, prise en charge dans les congrès, influence des leaders d’opinion, association de patients…) ;

 

Une enquête récente, réalisée pour l’association des fabricants de génériques, GEMME, par BVA Healthcare ne concluait-elle pas sur le constat que « les médecins généralistes se considèrent comme mal informés et 94% d’entre eux sont demandeurs d’aide à la prescription en particulier en ce qui concerne leur information et ils souhaitent dans ce contexte que la CNAM s’investisse dans ce rôle d’information » ;

 

Tant que le dispositif des DAM sera rendu inopérant, [CQFD : Tant que les DAM ne seront pas spécialisés par domaine thérapeutique, que leur formation ne les amènera pas à un bon niveau d'expertise (avec notamment la connaissance et la maîtrise des études cliniques, des avis de la commission de la transparence), que la Cnamts n'adoptera pas de véritables stratégies marketings, avec des supports de communication professionnalisés et pertinents (type remis médecin), que des objectifs de couverture de cible et de fréquence de visites resteront aussi insuffisants (en comparaison aux standards de l'industrie), que les outils de suivi d'impact des campagnes demeureront inadaptés (imprécis, insuffisamment détaillés, non réactualisés en temps et en heure...)], la dérive collective des prescriptions sous la seule influence de la promotion industrielle se perpétuera, et parviendra à contourner efficacement le générique, en faisant glisser les prescriptions vers les fausses innovations coûteuses au fur et à mesure de la perte des brevets...

 

A noter que l’analyse des données de prescription du médicament à l’hôpital conduirait strictement aux mêmes observations…

 

François PESTY

 

 

09/04/2010 - Impact-Santé Pharmacie « Le marché du générique enregistre à nouveau une croissance à deux chiffres en 2009 » : http://www.impact-sante.fr/Pharmacie/Actualites/Le_marche_des_generiques_enregistre_a_nouveau_une_croissance_a_deux_chiffres_en_2009/9/12061

 

09/04/2010 – Les Echos « Génériques : Mylan grappille des parts de marché en France » : http://www.lesechos.fr/info/sante/020465513145-generiques-mylan-grappille-des-parts-de-marche-en-france.htm

 

20/03/2010 - Enquête BVA Healthcare, pour l’association GEMME « Les génériques et les médecins généralistes, attitudes et comportement » : http://www.bva.fr/administration/data/sondage/sondage_fiche/854/fichier_gemme0200c.pdf

 

Les données économiques du générique sur le site web de l’association GEMME (« Générique même médicament »), qui regroupe les laboratoires fabricants des médicaments génériques : http://www.medicamentsgeneriques.info/?page_id=44

 

Le blog de l’association GEMME : http://www.mon-medicament-generique.fr/

 

(*) Le princeps est un médicament de marque

 

  


 

17/03/2010 – Lors de la table ronde inaugurale du MEDEC 2010, le volet prescriptions médicamenteuses des CAPI déchaîne les passions et surtout une sacrée mauvaise foi de la part d’acteurs du système de soins, avant tout englués dans leurs conflits d’intérêt avec les industriels de la santé...

 

Après une démonstration plutôt brillante de M. Frédéric VAN ROEKEGHEM, le Directeur de l’UNCAM, multipliant les exemples pour justifier les volets prévention et suivi médical des contrats d’amélioration de la performance individuelle, et l’instillation d’une dose de paiement à la « capitation », les acteurs les plus farouchement attachés à leur sacro-sainte « liberté de prescription » n’ont pas tardé à porter quelques coups bas au dispositif ;

 

Déjà le titre de cette session n’incitait-il pas à la polémique « le CAPI, opportunité financière ou phénomène sociétal ? »

 

Le débat était animé par l’inévitable Gérard KOUCHNER, organisateur des principaux salons médicaux (MEDEC, Hôpital-Expo, HIT…) et grand magna de la presse médicale (Le Quotidien du Médecin, Le Généraliste, Décision & Stratégie Santé, VIDAL®,…), dont le financement est tributaire de la publicité sur le médicament, est-il nécessaire de le rappeler.

 

Pourtant, tout avait fort bien commencé ce mercredi matin, dans une salle archibondée du palais des congrès de la porte Maillot. Frédéric VAN ROEKEGHEM très pédagogue, cartes et statistiques à l’appui, démontrait le retard de la France dans les principaux programmes de prévention et de suivi médical de pathologies chroniques, que d’aucun ne conteste, et justifiait ainsi les deux premiers volets du contrat désormais signé par pas moins de 14.000 médecins généralistes ; Il énonça tour à tour les trop rares prescriptions d’hémoglobine glyquée (HbA1C) pour le suivi des patients diabétiques dans notre pays, d’après la dernière étude de l’OCDE, le faible niveau de dépistage du cancer du sein, et les fortes disparités régionales…

 

Copyright Le Quotidien du Médecin 

 

Poursuivant imperturbablement et serein, le dirigeant de la CNAMTS, déroule le 3ème volet du contrat, et le justifie en choisissant d’argumenter sur les nécessaires marges financières à dégager pour le financement des actions coûteuses de prévention et d’amélioration du suivi médical prévues dans les deux premiers volets ; Le recours plus fréquent aux génériques « payant » les efforts de santé publique. En rappel, ci-après le tableau des objectifs en matière « d’optimisation de la prescription » :
 

 

Indicateurs

Niveau initial

Objectif intermédiaire

Objectif cible

Voir sur cette même page web, aux dates indiquées l’article et les données MEDIC’AM 2001-2008 correspondantes

Prescription (en nb de boîtes) dans le répertoire

pour les antibiotiques/prescription d’antibiotiques

(en nb de boîtes).

 

84 %

90 %

17/10/2009 – Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Coup de projecteur cette semaine sur l’évolution de la prescription des antibiotiques entre 2001 et 2008 : "Antibiotiques pas zautomatic" avez-vous dit ?

Prescription (en nb de boîtes) dans le répertoire

pour les IPP/prescription d’IPP (en nb de

boîtes).

 

70 %

80 %

23/10/2009 – Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Coup de projecteur cette semaine sur l’évolution de la prescription des anti-ulcéreux entre 2001 et 2008. Les IPP n’ont pas été inhibés et les Shadocks pompent toujours…

Prescription (en nb de boîtes) dans le répertoire

pour les statines/prescription de statines (en

nb de boîtes).

 

58 %

70 %

07/10/2009 – Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Gageons que les ARS sauront redresser la barre ! Coup de projecteur cette semaine sur l’évolution de la prescription des statines et autres hypolipémiants entre 2001 et 2008.

Prescription (en nb de boîtes) dans le répertoire

pour les antihypertenseurs/prescription d’antihypertenseurs

(en nb de boîtes).

 

55 %

65 %

 

Prescription (en nb de boîtes) dans le répertoire

pour les antidépresseurs/prescription d’antidépresseurs

(en nb de boîtes).

 

70 %

80 %

20/11/2009 - Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Suivons cette semaine l’évolution hallucinante de la prescription en France des principales classes de psychotropes entre 2001 et 2008. De quoi donner un sacré coup de déprime aux supporters de la maîtrise médicalisée !

Prescription d’IEC (en nb de boîtes)/prescription

d’IEC + Sartans (en nb de boîtes).

 

55 %

65 %

30/10/2009 - Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Notre feuilleton continue, avec cette semaine le plus bel exemple de la démission de l’État devant les intérêts du lobby pharmaceutique : l’évolution de la prescription des antihypertenseurs IEC et sartans entre 2001 et 2008 !

Nb de patients MT traités par aspirine à faible

dosage/nb de patients traités par antiagrégants

plaquettaires.

 

84 %

85 %

11/11/2009 - Malgré les génériques et les baisses de prix, la sécu n’aura jamais autant dépensé pour le médicament qu’en 2008 ! Continuons à feuilleter l’album, avec cette semaine l’évolution de la prescription en France des antiagrégants plaquettaires entre 2001 et 2008. PLAVIX® a flanché un peu. Au bénéfice du doute, accordons un point à l’Assurance maladie !

 

Le Directeur de la caisse nationale n’avait pas encore regagné ça place, qu’aussitôt les attaques fusèrent de toutes parts.

 

En vérité, de bien vils arguments. L’assurance maladie avec ces CAPI va corrompre les médecins, leur faire tourner le dos à l’innovation et les aliéner ; Il en sera fini de la « liberté de prescription »… Le CAPI allaient aussi mettre en péril la relation entre le médecin et son patient selon l’un des intervenants

 

Seuls Michel RÉGEREAU, Président (CFDT) du conseil de la CNAMTS, et Christian SAOUT, Président du CISS, représentant des usagers (il a même été applaudi par la salle, un exploit après son lynchage récent qui avait suivi, il est vrai, des mots maladroits et surtout déplacés. Car ce n’était pas les médecins déjà télétransmetteurs et qui ont reçu des aides financières qu’il fallait stigmatiser, mais au contraire ceux qui n’en n’ont jamais reçu pour être restés aux feuilles de soins papier, un autre sujet), trouveront courageusement les mots justes pour défendre le CAPI contre ses pourfendeurs, avec peut être le Dr Claude LEICHER, Président de MG France, dont les principales critiques étaient essentiellement dirigées contre l’iniquité du mode de calcul des objectifs en fonction de la disparité géographique de l’accès aux soins primaires, le caractère individuel en non collectif (entendre conventionnel) des contrats et le faible montant des primes prévues par l’UNCAM en cas d’atteinte des objectifs ;

 

Alors plutôt que de s’étendre sur les propos de très mauvaise foi, parfois même à la limite du « malhonnête » que nous dûmes endurer pendant cette table ronde, voici quelques questions que j’aurais bien volontiers posées aux intervenants si les organisateurs du salon nous y avaient autorisés :

 

Question au Président du CNOM, le Dr Michel LEGMANN :

 

Parler de « l’aliénation de l’indépendance des médecins liée à l’incitation financière » en occultant totalement du débat les liens financiers des médecins avec l’industrie du médicament, n’est-ce pas complètement indécent ? En France, par ce que vous conservez secrètement les déclarations, nous n’en savons rien ! Faut-il vous rappeler ici l’exemple rapporté par l'association FORMINDEP1 dans un article du New York Times de ce médecin américain (là-bas, les informations ont le mérite d’être disponibles pour tout un chacun), l’un des expérimentateurs de la fameuse étude ALLHAT financée par de l’argent public, qui démontre la supériorité des diurétiques thiazidiques sur les autres classes d’antihypertenseurs, et qui a reçu des laboratoires Pfizer jusqu’à 200.000 dollars par an pour faire une tournée de conférences et minimiser les résultats de cet essai thérapeutique pivot défavorable à son médicament vedette de l'époque AMLOR® ! La sécu ne rémunère pas encore les médecins pour ce type de besogne, et les DAM ne les invitent pas encore dans des congrès aux USA ou ailleurs que je sache ;

 

M. LEGMANN, avant de donner des leçons de morale aux représentants de l’assurance maladie, commencez donc par publier nominativement sur un site web accessible à tous les rémunérations et avantages en nature perçus par les médecins de la part des industriels de la santé !     

 

Question à M. Michel CHASSANG, Président de la CSMF :

 

Doit-on sous prétexte de la liberté de prescription laisser les médecins prescrire n’importe comment ?

 

Or, c’est exactement ce qui s’est passé dans notre pays en laissant les praticiens entre les mains des seuls industriels pour les former et les informer sur le médicament ; Pour preuves, les dérives collectives de la prescription, sans aucun fondement clinique solide, en matière de :

 

- Hypertension artérielle, avec les sartans (14 ans de commercialisation, seulement 2 études de non infériorité, comparatives entre IEC et sartans, sans le moindre bénéfice clinique établi avec ces derniers…), le représentant de la CSMF à la table ronde avait pourtant bien paraphé cet objectif conventionnel de favoriser les IEC, plutôt que les sartans, et même l'influençable collège de la HAS avait validé une fiche de bon usage allant dans le même sens ;  

 

- Hypolipémiants, où TAHOR®, CRESTOR®, EZETROL® et INEGY®, seules molécules encore promues en visite médicale et par la pub dans les journaux du groupe présidé par Gérard KOUCHNER, ne cessent de monter au détriment des 2 seules statines, pravastatine et simvastatine, pour lesquelles un bénéfice sur la réduction de la mortalité toutes causes confondues a été établi au cours de 5 essais cliniques différents menés chez des patients éligibles au traitement d'après les recommandations françaises et internationales en vigueur ;

 

- Les inhibiteurs de la pompe à proton, avec l’INEXIUM®, isomère de l’oméprazole, qui n’a rien prouvé de supérieur en dehors de son prix ; La HAS a aussi élaboré une fiche de bon usage pour les IPP...

 

Car tout bien considéré, les médicaments anciens et génériqués, objet du litige, et n’en déplaise au Président du LEEM, ne sont pas seulement les moins onéreux. Ce sont avant tout et surtout ceux qui disposent actuellement des meilleurs niveaux de preuves !

 

Alors, en définitive, que risquerait-on avec les CAPI ? Tout au plus de dégrader la relation patient-« mauvais médecin » (celui qui ne prescrit pas les génériques à haut niveau de preuve, et préfère les fausses innovations coûteuses et moins bien évaluées) et ça si ce n’est pas déjà un progrès…

 

Christian LAJOUX, pouvait jubiler. Il n’eut pratiquement pas à intervenir, les autres représentant du CNOM ou syndicalistes le faisaient à sa place… Aucune question à lui poser, tant il a dénigré les « anciens » médicaments, laissant entendre que les patients à qui ont les prescrivaient auraient moins de chance ; Mais, Il s’est montré bien incapable d’apporter la moindre démonstration de ses affirmations péremptoires pour les domaines thérapeutiques qui font l’objet des CAPI…

 

Triste débat en définitive ! Car cette table ronde sentait bien la poudre et le souffre, mais surtout, elle empestait à plein nez l’odeur nauséabonde du « fric » et des conflits d’intérêts entre médecins, presse médicale, politiques et industriels du médicament, bien loin des intérêts des patients, usagers, cotisants que nous sommes tous…

 

Alors, les CAPI, s’est fini ? Personnellement, vous l’aurez compris, je ne l’espère pas…

 

François PESTY

 

 

17/03/2010 - "La bataille des CAPI ouvre le MEDEC" sur le site EGORA : http://www.egora.fr/commun/script/winbreve.asp?newsid=51915&news_ref=1145 

 

17/03/2010 - "Le CAPI mobilise au MEDEC" sur le site du Quotidien du Médecin : http://www.quotimed.com/web/index.cfm?fuseaction=viewendirect&waidx=2051 

 

 

(1) FORMINDEP : Association pour une formation et une information médicale indépendantes au service des seuls professionnels de santé et des patients  

 


 

10/03/2010 Une facture salée, pour éviter des fractures chez nos ainées ! Le point sur l’évolution de la prescription en France entre 2001 et 2008 dans l’ostéoporose post-ménopausique, alors que l’utilisation prolongée des « biphosphonates » est à nouveau mise en cause !

 

Deux études distinctes présentées au congrès annuel de l’association américaine des chirurgiens orthopédiques, jettent le trouble en soulignant le lien de causalité possible entre certaines fractures dites « atypiques », notamment du fémur, et la prise prolongée au-delà de 4 années de biphosphonates ;

 

Mais plutôt que de se focaliser sur les biphosphonates, faisons le point sur l’ensemble des médicaments prescrits dans l’ostéoporose post-ménopausique. Tous ces médicaments sont en définitive assez mal évalués, au regard de l’importance en santé publique de la prévention des fractures, notamment chez la femme âgée et des dépenses toujours croissantes qu’ils occasionnent pour la collectivité (voir infra).

 

En l’absence d’étude comparative directe des bisphosphonates entre eux, quels sont les critères de choix thérapeutique les plus pertinents ?

 

Après saisine de l’UNCAM (union nationale des caisses d’assurance maladie), la Commission de la transparence (HAS) a redéfini le 5 juillet 2006 le périmètre des indications remboursables des spécialités indiquées dans l’ostéoporose ; Le tableau ci-dessous reprend ses avis datant de juin et juillet 2006, concernant les biphosphonates ayant l’indication AMM dans l’ostéoporose post-ménopausique, pour FOSAMAX®, alendronate (et ses génériques), ACTONEL®, risédronate, et DIDRONEL®, étidronate et ses génériques, BONVIVA®, acide ibandronique, ainsi que les avis postérieurs à cette date pour ACLASTA®, acide zolédronique, qui a reçu une extension d’AMM chez les patients à risque élevé de fracture en octobre 2007 ;

 

 

Nom de marque / DCI

Labo

Date de mise sur le marché

Fractures vertébrales

Fractures de la hanche

Etudes cliniques

Durée suivi

Commentaires

DIDRONEL®, étidronate

Procter & Gamble

02/1991
Gé 2002 

OUI

NON

 

 

niveau de preuve anti-fracturaire inférieur à celui de

l’alendronate
et du risédronate

FOSAMAX®, alendronate

MSD

04/1997
Gé 2006 

OUI

OUI

FIT1

(n=2027)

FIT2

(n=4272)

3 ans

 

4 ans

 

ACTONEL®, risédronate

Procter & Gamble

03/2003

OUI

OUI

2 essais

(n=3661)

3 ans

 

ACLASTA®, acide zolédronique

Novartis

04/2006

OUI

OUI

HORIZON

(n=7765)

3 ans

ASMR « mineure » (IV) 

BONVIVA®, acide ibandronique

Roche

01/2007

OUI

NON

BONE

(n=2946)

MOBILE

(n=1609)

3 ans

 

1 an

 

 

 

Quels sont les autres médicaments indiqués dans l’ostéoporose post-ménopausique ?

 

  • Un traitement hormonal à base de raloxifène, commercialisé depuis 1998 en partenariat par Lilly (EVISTA®) et Pierre Fabre (OPTRUMA®), est proposé avec un coût annuel de traitement voisin de celui des biphosphonates non génériqués (ACTONEL®, ACLASTA®, BONVIVA® ou du princeps FOSAMAX®). Son évaluation repose essentiellement sur les résultats de l’étude MORE qui a inclus 7705 femmes âgées de 31 à 80 ans. Il diminue uniquement le risque de fracture vertébrale ;   

 

  • PROTELOS®, ranélate de strontium, Laboratoires Servier, est commercialisé en France depuis janvier 2006. Dans son avis datant de mars 2005, la commission de la transparence analysant les deux études pivots TROPOS et SOTI, bien que ne disposant pas d’étude comparative directe, considère que le ranélate de strontium permet de réduire les risques de fractures vertébrales et non vertébrales dans des proportions comparables à celles obtenu avec les biphosphonates. Le coût annuel de traitement avec PROTELOS® est 2,8 fois plus élevé que pour l’alendronate génériqué à 70mg boite de 12…

 

  • FORSTÉO®, tériparatide, Lilly, est commercialisé en France depuis janvier 2004. Réservé aux ostéoporoses sévères, c'est-à-dire compliquées d’au moins deux fractures vertébrales, il n’a pas démontré de réduction des fractures non vertébrales et son traitement est limité à 24 mois non renouvelables, le relai par biphosphonates étant proposé ; Dans son dernier avis (07/2009) après examen des dernières données disponibles, la commission de la transparence attribue une ASMR « mineure » (IV) par rapport aux bisphosphonates administrés par voie orale dans le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique chez les patientes à risque élevé de fracture, ayant au moins deux fractures vertébrales. Avec un coût annuel de traitement supérieur à 5000 euros, cette alternative est 25 fois plus onéreuse que l’alendronate 70mg !

 

Revenons un instant sur les travaux présentés au congrès annuel de l’académie américaine de chirurgie orthopédique.  Ces observations ne sont pas nouvelles comme en attestent les clichés radiologiques publiés récemment dans le NEJM et reproduits ci-dessous :

 

Les données de suivi à long terme des traitements manquent, comme nous pouvons le constater à partir des travaux pris en compte par les experts de la commission de la transparence. Néanmoins, une étude clinique semble leur avoir échappée. Ne leur jetons pas la pierre, les laboratoires fabricants de médicaments qui ont perdu leurs brevets, ne vont ni se battre pour obtenir de nouvelles indications, ni modifier le RCP ou chercher le maintien du remboursement ; Résultat, ils transmettent rarement de nouvelles études concernant des produits qui ne leur rapportent plus rien... Tel est le cas probablement du laboratoire MSD et de son FOSAMAX®, alendronate, génériqué depuis 2005, avec l’étude « FLEX » de suivi à dix ans, publiée au JAMA en décembre 2006 ; Ce travail qui a comparé la poursuite ou l’arrêt après 5 ans de traitement, chez les patientes de l’étude antérieure « FIT2 », a montré une réduction du risque de fractures vertébrales, et au moins, cela pourrait être rassurant, l’absence d’augmentation du risque de fractures non vertébrales après dix ans de prise du médicament ;

 

Décidément, c’est bien l’alendronate qui bénéficie encore aujourd’hui du meilleur niveau de preuve, dans l’ostéoporose post-ménopausique ;

 

Alors, quelle a été l’évolution des prescriptions ces dernières années d’après les données de remboursement par le régime général ?

 

Cliquer sur l’image ci-dessous pour télécharger une présentation PowerPoint avec 8 graphiques commentés

 

Cette évolution semble davantage suivre les effets de la visite médicale que ceux des recommandations de bonne pratique ou des avis de la commission de la transparence.

 

Au total, 3 fois plus de patients en 2008 par rapport à 2001, mais 5,5 fois plus de dépenses remboursées grâce à nos cotisations ; Les médicaments plus coûteux que nous finançons collectivement sont-ils pour autant plus efficaces à réduire les risques de fractures chez nos aînées ?

 

Manifestement, non ! Encore de quoi occuper utilement les DAMs…

 

François PESTY

 

Pour approfondir le sujet :

 

Communiqué de presse de l’AAOS (Association américaine des chirurgiens orthopédiques) “Quantity vs. Quality: Long-Term Use of Bone-Building Osteoporosis Drugs May Affect Quality and Structural Integrity of Bone - Studies find possible links between prolonged bisphosphonate treatments and atypical fractures in post-menopausal women” – 10/03/2010 : http://www6.aaos.org/news/pemr/releases/release.cfm?releasenum=877

 

« Atypical Fractures of the Femoral Diaphysis in Postmenopausal Women Taking Alendronate » - NEJM – 20/03/2008 : http://content.nejm.org/cgi/reprint/358/12/1304.pdf

 

Etude FIT1 (alendronate vs placebo) publiée dans le Lancet en 1996 : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2896%2907088-2/abstract

 

Etude FIT2 (alendronate vs placebo) publiée dans le JAMA en 1998 : http://jama.ama-assn.org/cgi/reprint/280/24/2077

 

Etude FIT3 = FLEX (alendronate vs placebo, arrêt ou poursuite après 5 ans) publiée au JAMA en 2006 : http://jama.ama-assn.org/cgi/reprint/296/24/2927

 

Etude BONE (acide ibandronique versus placebo) publiée dans JBMR (Journal of Bone and Mineral Research) en 2004 : http://www3.interscience.wiley.com/cgi-bin/fulltext/123199010/PDFSTART

 

Etude MOBILE (acide ibandronique) publiée dans le JBMR en 2005 : http://www3.interscience.wiley.com/cgi-bin/fulltext/123197442/PDFSTART

 

Etude HORIZON (acide zoledronique) : http://content.nejm.org/cgi/reprint/356/18/1809.pdf

 

Etude « MORE » (raloxifène) : http://jama.ama-assn.org/cgi/reprint/282/7/637

 

Etude « TROPOS » (ranélate de Strontium) : http://jcem.endojournals.org/cgi/reprint/90/5/2816

 

Etude « SOTI » (ranélate de Strontium) : http://content.nejm.org/cgi/reprint/350/5/459.pdf

 

«  Prévention, diagnostic et traitement de l’ostéoporose » - Note de synthèse - HAS – 07/2006 : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/osteoporose_synthese.pdf

 

« Traitement médicamenteux de l’ostéoporose post-ménopausique » - Recommandations – Actualisation 2006 - AFSSAPS – 01/2006 : http://www.afssaps.fr/var/afssaps_site/storage/original/application/6c7b18b541509aa9f499484099d5f8e8.pdf

 

Revue systématique et évaluation économique des traitements préventifs et curatifs de l’ostéoporose post-ménopausique, commanditée et financée par le NICE et NHS, publiée dans HTA en 2005 : http://www.hta.ac.uk/fullmono/mon922.pdf

 

 « 10 pièges dans la prise en charge de l’ostéoporose post-ménopausique » - Dr Mickael ROUSIÈRE, Service de rhumatologie, Hôpital Saint-Antoine : http://www.francis-berenbaum.com/file.axd?file=10+Pieges+dans+l+osteoporose+post+menopausique.pdf

 

 

 


 

25/02/2010 – Les américains seront-ils les premiers à retirer du marché AVANDIA® et AVANDAMET®, AVANT® qu’il ne soit trop tard ?
L’occasion de faire le point sur l’évolution en France de la prescription des médicaments dans le diabète de type 2

 

Le sujet n’est pourtant pas nouveau, en mai 2007, la question du retrait du marché de ces deux médicaments était déjà posée.

 

Mais cette fois-ci les média français n’ont semble-t-il pas relayé l’information. Et pourtant, le New York Times daté du 19 février 2010 n’affirmait-il pas que des centaines de patients diabétiques prenant de l’AVANDIA® sont victimes chaque mois de crises et d’insuffisances cardiaques. Le grand quotidien de la presse étasunienne s’est procuré un récent rapport sénatorial américain prônant le retrait pur et simple de l’antidiabétique incriminé.

 

Mais faisons un bref retour sur les médicaments utilisés aujourd’hui dans le diabète de type 2. Depuis la publication de l’étude UKPDS dans la prestigieuse revue médicale « The Lancet », en septembre 1998, la metformine (GLUCOPHAGE® et ses génériques), un médicament cinquantenaire, a démontré qu’elle apportait un bénéfice clinique au patient diabétique : Réduction de la mortalité toutes causes confondues avec la metformine versus traitement conventionnel ou versus insuline ou sulfamide, pour ne parler que du critère le plus « dur » (La metformine a également prouvé par rapport au traitement conventionnel, à l’insuline et aux sulfamides, qu’elle diminuait les risques d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral, de mortalité liée au diabète…) ;

 

Le lecteur trouvera un résumé en français de l’étude dans l’avis de la commission de la transparence pour le renouvellement de la prise en charge du GLUCOPHAGE® (metformine) en date du  15/06/2006 : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/ct032503.pdf

 

Depuis 1959, date de commercialisation de la metformine, pensez-vous que la recherche pharmaceutique ait pu découvrir une molécule plus efficace ?

 

Eh bien non ! Le tableau ci-dessous dresse la chronologie des mises sur le marché d’antidiabétiques et précise pour chacun d’eux quel est son apport en comparaison des molécules plus anciennes (principalement, la metformine à partir de 1998, publication de l’étude UKPDS) 

 


Nom de marque / DCI

Labo

Classe

Date de commercialisation

Date derniers Avis CT

ASMR

GLUCOPHAGE®, metformine

MERCK SANTÉ

Biguanides

01/1959

15/03/2006

1ère intention dans le diabète de type 2

DAONIL®, glibenclamide

SANOFI-AVENTIS

Sulfamides

10/1969

05/12/2007

Pas de modification de l’avis précédent 

DIAMICRON®, gliclazide

SERVIER

Sulfamides

01/1972

20/06/2007

Pas de modification de l’avis précédent 

OZIDIA®, glipizide

PFIZER

Sulfamides

07/1996

26/09/2007

Pas de modification de l’avis précédent 

AMAREL®, glimépiride

SANOFI-AVENTIS

Sulfamides

09/1998

30/11/2005

« Metformine, traitement de 1ère intention ». dans l’avis initial (05/1997 ; donc avant UKPDS), même ASMR qu’OZIDIA® et ASMR IV (mineure) par rapport aux autres sulfamides

GLUCOVANCE®, metformine + glibenclamide

MERCK SANTÉ

Association metformine et sulfamides

11/2004

16/06/2004

V

GLUCOR®, acarbose

BAYER

Inhibiteurs alpha-glucosidase

09/1995

20/06/2007

Pas de modification de l’avis précédent  (niveau III « Modeste », datant du 21/09/1994, avant donc l’étude UKPDS)

DIASTABOL®, miglitol

SANOFI-AVENTIS

Inhibiteurs alpha-glucosidase

01/1998

20/06/2007

Pas de modification de l’avis précédent  (niveau V par rapport au GLUCOR®, datant du 03/06/1998, avant donc l’étude UKPDS)

AVANDIA®, rosiglitazone

GSK

Glitazones

05/2002

15/10/2008

V

ACTOS®, pioglitazone

TAKÉDA

Glitazones

05/2002

02/04/2008

V

AVANDAMET®, rosiglitazone + metformine

GSK

Glitazone + metformine

05/2005

27/05/2009

SMR modéré ; rapport efficacité/effets indésirables faible

NOVONORM®, répaglinide

NOVO NORDISK

Glinides

10/2006

19/10/2005

2ème intention*

COMPETACT®, pioglitazone + metformine

TAKÉDA

Glitazone + metformine

05/2007

13/12/2006

V

JANUVIA® et XELEVIA® / sitagliptine

MSD et PFM

Inhibiteurs DPP-4

03/2008 / 06/2008

24/06/2009

V

BYETTA®, exénatide

LILLY

incrétino-mimétiques

04/2008

28/02/2007

IV (mineure)

GALVUS® / vildagliptine

NOVARTIS

Inhibiteurs DPP-4**

09/2009

10/12/2008

V

Rappel : ASMR « V » = Absence d’amélioration du service médical rendu

(*) « La Commission se prononcera plus précisément sur la place des glinides dans la stratégie thérapeutique, après mise à jour de la recommandation sur le traitement médicamenteux du diabète de type 2 »

(**) Inhibiteurs DPP-4 = Inhibiteurs de la dipeptidyle peptidase 4

 

Notons néanmoins qu’AVANDIA® et AVANDAMET® ne sont remboursés qu'à 35% par le régime général depuis juin 2009.

 

Il était donc intéressant de faire un point sur l’évolution de la prescription des antidiabétiques dans le diabète de type 2 entre 2001 et 2008, à partir des données publiées par la CNAMTS.

 

D’autant plus que les « fausses innovations » listées dans le tableau précédent avaient toutes pour but, associées à la metformine, d’intensifier le contrôle de la glycémie. D’où des bi- ou des trithérapies d’autant plus agressives que les visiteurs médicaux ont martelé sans relâche ces dernières années auprès des médecins tout l’intérêt de faire baisser chez le diabétique le sacro saint indicateur de ce contrôle à long terme, l’hémoglobine glyquée (HbA1c). A tel point que les dernières recommandations HAS de bonne pratique dans la prise en charge du diabète de type 2 fixaient l’objectif à 6,5% d’HbA1c ;

 

Or, plusieurs essais thérapeutiques (notamment ACCORD), ainsi qu’une étude rétrospective de cohorte récente publiée dans l’inévitable Lancet, tendent à démontrer qu'il n'est pas bon de faire trop baisser le glucose et que la courbe établissant la relation entre la mortalité du patient diabétique et son taux d’HbA1c est en ‘U’, le point optimal se situant plutôt à 7,5% qu’à 6,5%. Il n’est donc pas prouvé que toutes ces associations souvent coûteuses, visant à faire baisser au maximum le sucre dans le sang, ne soient pas finalement néfastes dans bien des cas. Une révision des recommandations devient urgente…

 

Cliquer sur l’image ci-dessous pour télécharger un diaporama avec 16 graphiques commentés ; 

 

 

En conclusion :

 

- Seul point positif, la part de la metformine non associée dans les lignes de traitement antidiabétique est passée de 44% en 2001 à 56% en 2008 (Les données MEDIC’AM 2001-2008 ne permettent pas de différentier les lignes de traitements en mono, bi- ou tri-thérapie) ; Cette augmentation s’est faite surtout au détriment des sulfamides hypoglycémiants qui ont perdu au fur et à mesure leur brevets (voir le tableau ci-dessous), mais aussi contre les inhibiteurs de l’alpha-glucosidase ;

 

Princeps

DCI

Premiers génériques

GLUCOPHAGE®

Metformine

06/1998

DAONIL®

Glibenclamide

05/2006

AMAREL®

Glimépiride

04/2006

DIAMICRON®

Gliclazide

09/2008

 

 

- En revanche, les « fausses innovations » largement promues par l’industrie, et qui n’apportent aucune amélioration par rapport à la metformine, ont toutes progressé. Elles sont proposées à des prix très nettement supérieurs. Par exemple, AVANDIA® représente un coût moyen par ligne de traitement, 9 fois supérieur à celui de la metformine !

 

- En terme de coût, le pompon revient néanmoins à BYETTA®, stylo pré rempli de solution injectable, dont l’amélioration du service médicale est « mineure », et l’augmentation du coût « majeure », la marge bénéficiaire du labo est telle, qu’il peut se payer le luxe de commercialiser les dosages 5 et 10 µg au même prix… (80.000 euros de dépense annuelle par patient… Tout de même !). Il s’agit bien de microgrammes, vous imaginez la marge…

 

- Les glitazones seules ou associées accaparent déjà 25% des remboursements de médicaments antidiabétiques par le régime général, insulines exclues. Si l’on ajoute à ces chiffres ceux des autres médicaments récents à ASMR nulle (« V »), à savoir NOVONORM®, JANUVIA®, XELEVIA® et BYETTA®, ce sont pas moins de 38,8% des remboursements qui sont mobilisés.

 

- Au total, depuis 2005 et l'arrivée des génériques des sulfamides hypoglycémiants, le coût moyen mensuel d'une ligne de traitement antidiabétique, insulines exclues, n'aura baissé que de 1%, soit 6 centimes d'euros (7,80 € en 2005, 7,74 € en 2008), alors que les génériques sont proposés à des prix 40% à 50% plus bas. Trouvez l'erreur...

 

Va-t-on tolérer encore longtemps, dans nos démocraties « avancées », que de fausses innovations médicamenteuses du type AVANDIA® ou AVADAMET®, voire même dangereuses, engloutissent à ce point nos cotisations sociales ?  En ces temps de crise économique, cela en devient même indécent.

 

François PESTY

 

PharmaTimes – 22/02/2010 « GSK defends diabetes drug as Avandia is attacked again in US » : http://www.pharmatimes.com/WorldNews/article.aspx?id=17434&src=EWorldNews  

 

Slate.fr – 21/02/2010 « L'Avandia est dangereux mais toujours commercialisé » : http://www.slate.fr/story/17649/lavandia-est-dangereux-mais-toujours-commercialise

 

The New York Times – 19/02/2010 « Research Ties Diabetes Drug to Heart Woes » : http://www.nytimes.com/2010/02/20/health/policy/20avandia.html?th&emc=th

 

 

TheHeart.org – 08/02/2010 « Faut-il réviser les cibles d'HbA1c des recommandations à la hausse ? » : http://www.theheart.org/article/1045841.do

 

APM News – 27/01/2010 « Diabète de type 2: trop abaisser la glycémie augmente la mortalité » : http://www.apmnews.com/story.php?numero=197999

 

Le rapport sénatorial américain sur AVANDIA « STAFF REPORT ON GLAXOSMITHKLINE AND THE DIABETES DRUG AVANDIA » Max BAUCUS, Chuck GRASSLEY – Committee on Finance – United States Senate (342 pages, 23 Mo) 01/2010 : http://finance.senate.gov/press/Gpress/2010/prg022010a.pdf

 

Pharmacritique – 01/11/2008 « Les sociétés internationales d’étude du diabète déconseillent Avandia et relèguent l’Actos en traitement de troisième instance. Enfin ! » : http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/11/01/les-societes-internationales-d-etude-du-diabete-deconseillen.html

 

Formindep – 15/07/2008 « Quand les firmes pharmaceutiques se sucrent avec le diabète - L’exemple de la classe médicamenteuse des glitazones » : http://www.formindep.org/Quand-les-firmes-pharmaceutiques?var_recherche=AVANDIA

 

TheHeart.org – 08-01-2008 « Le rapport bénéfice/risque des glitazones dans la « vraie vie » correspond à celui des méta-analyses » : http://www.theheart.org/article/836591.do

 

Le Figaro – 14/10/2007 « Un banal antidiabétique aggrave le risque cardiaque » : http://www.lefigaro.fr/sciences/2007/05/23/01008-20070523ARTFIG90036-un_banal_antidiabetique_aggrave_le_risque_cardiaque.php

 

Pharmacorama – 02/06/2007 « Faut-il dire adieu à la rosiglitazone (Avandia*) ? » : http://www.pharmacorama.com/ezine/rosiglitazone-avandia.php

 

Grange Blanche – Le blog d’un cardiologue – 27/05/2007 « L’affaire de la rosiglitazone » : http://grangeblanche.hautetfort.com/archive/2007/05/27/l-affaire-de-la-rosiglitazone.html

 

Doctissimo – 23/05/2007 « Avandia ® : un antidiabétique en question » : http://news.doctissimo.fr/avandia--un-antidiabetique-en-question_article2784.html

 

Abstract de l’étude UKPDS : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2898%2907037-8/abstract